
Il y a déjà 6 ans, je vous parlais d’une excellente découverte que j’avais faite dans le domaine du cinéma horrifique, en me prenant en pleine face le Night Shot d’un certain Hugo König. Fils spirituel du Projet Blair Witch et autre Paranormal Activity, Night Shot était une proposition d’une grande générosité doublée d’un défi technique de malade! Je ne vous en dit pas plus si vous ne l’avez pas vu et si vous souhaitez garder les surprises intactes, sinon vous pouvez jeter un oeil à ma critique de l’époque (ou à celle plus récente en format vidéo tiens, juste ici ^^ https://www.youtube.com/watch?v=2tNgGpNdA1c ).

Quoi qu’il en soit, Night Shot aura marqué les fans de cinéma de genre, grâce à Shadowz qui avait sorti le film de l’anonymat en 2020, alors qu’il avait été produit 2 ans auparavant. C’était une très belle opportunité pour Hugo König de voir son film mis en avant sur une plateforme dédiée à l’horreur! Mais 6 ans plus tard, il ne s’est pas reposé sur ses lauriers bien mérités, et nous livre Nightfall, son nouveau long métrage, dans lequel ce jeune réal passionné démontre qu’il a un besoin viscéral de sortir les idées de sa tête et de tourner! J’ai eu l’occasion inespérée de découvrir ce film en exclusivité, et je m’y suis plongé en gardant à l’esprit l’excellent trip qu’Hugo König m’avait offert avec Night Shot! Mais paradoxalement, cela suscitait également une certaine crainte, car je me doutais bien qu’il n’allait pas refaire le même film, et une partie de moi avait peur d’être déçue par cette nouvelle proposition…

Nightfall démarre doucement en suivant Nadia, une jeune femme qu’on sent porter un lourd fardeau émotionnel, et qui revient passer quelques jours dans la maison familiale, celle où elle a vécu les belles années de son enfance. L’actrice Mélissa Brun va incarner Nadia avec une très belle complexité, en lui conférant une sorte de fragilité suite aux événements survenus à l’époque, mais en démontrant également une force intérieure héritée même de ce qu’elle a pu traverser. Et en même temps, elle va réussir à laisser transparaître une certaine inquiétude et un certain trouble, sans que l’on sache si cela provient directement d’elle-même ou des événements qui vont commencer à se manifester… En étant présente à chaque instant du long métrage, Mélissa Brun s’est appropriée le scénario et s’y est glissée avec une forme de grâce louvoyante et presque inquiétante, ce qui apporte beaucoup à la texture organique que revêt le film.

Côté scénario, Hugo König a partagé l’écriture avec l’actrice Clarence Cassard. Ce choix de scénario à 4 mains permet de mêler les sensibilités masculine et féminine avec un grand respect, et le personnage de Nadia bénéficie pleinement de cette approche plurielle. Le rythme imposé par le scénario s’éloigne totalement de celui de Night Shot, et tant mieux car Hugo König prouve qu’il est capable de se renouveler et de se lancer dans de nouveaux défis. Le choix de fixer les éléments de manière calme et feutrée permet d’admirer la précision de sa mise en scène, et là où on a d’innombrables films basés sur le fameux trope du retour dans la maison d’enfance, celui-ci donne clairement envie de rester car on sent que le traitement cinématographique va nous proposer une certaine solidité. En général, je zappe très rapidement lorsque je vois qu’il n’y a aucune grammaire de respectée et que le réal s’amuse juste à planter sa caméra ici et pas là sans aucune réflexion derrière. Ici, chaque plan semble avoir été mûri, pour que des sensations puissent germer peu à peu de ces murs silencieux, de ce carrelage trop froid et de ces sentiers alentours. Nightfall est un film qui respire, et qui prend le temps de faire ressentir son pouls au spectateur…

Hugo König est un fan absolu de found footage, et la manière dont il va immiscer cette technique de prise de vue dans un schéma d’abord plus classique va être aussi limpide qu’efficace. C’est en trouvant une vieille caméra dans la maison que Nadia va se mettre à l’utiliser, et l’on va peu à peu osciller entre un grain très clair et celui plus tortueux et torturé de cette vieille caméra, avec les glitches visuels et sonores qui vont avec et que l’on adore! Ce mélange de choix narratifs m’a fait penser à un autre très bon film, espagnol cette fois, qui jouait également avec ces sensibilités multiples, Les Maudites. Là aussi, on avait un rythme qui prenait son temps et qui s’intéressait aux histoires de ces femmes hantées par quelque chose de mystérieux et d’impalpable… Et je trouve qu’Hugo König n’a rien à envier à Pedro Martín-Calero dans sa façon d’explorer l’intime et l’angoisse féminines.

Nighfall a été tourné pour un budget de 2500 euros, ce qui est tout simplement dérisoire! Et comme souvent lorsque des gens passionnés tournent dans de telles conditions, cette absence de budget se retrouve transcendée par la multiplication d’idées bénéfiques. Je pense notamment aux choix d’éclairages qui se révèlent très pertinents et qui évitent le piège du cheap, je pense au travail sur le mixage sonore qui est lui aussi mené avec une très belle intelligence, et l’ensemble du film en ressort marqué positivement par ce low budget. Le film ne prétend pas être le méga-trip horrifique qui va vous faire stresser d’un bout à l’autre. Par contre, il va savoir exactement comment vous faire glisser sans que vous vous en rendiez compte vers un état d’inquiétude légèrement plus fort… Puis il va ensuite rajouter un élément supplémentaire qui va créer un nouveau soupçon d’inconfort… Tout en finesse et tout en délicatesse, Nightfall va s’attacher à vous attirer dans son antre, sans que vous y preniez garde… Et cet exercice est bien plus périlleux et difficile que de balancer des jumps scares à tout va!

Il faut également souligner les présences de 2 autres femmes, Letizzia Nicastro et Clarence Cassard, la première jouant une personne proche de Nadia, la seconde ne se contentant donc pas d’être co-scénariste et optant pour un rôle délicat dans ce récit difficile. Ces deux femmes et Nadia vont se retrouver au centre de séquences où la terreur sourde va rapidement monter, et ce film résolument féminin s’avère d’une très belle richesse psychologique, tout en étant capable d’aller dans l’horreur pure de la manière la plus frontale possible. Hugo König va constamment jouer avec les angoisses de Nadia tout en la mettant face à la réalité de ce qui est en train d’arriver dans la maison même où elle réside!

Je ne vais évidemment pas vous raconter les tenants et les aboutissants du récit, mais je vous invite vraiment à plonger dans cette oeuvre réalisée avec une (deux! ^^) très belle sensibilité. Et c’est justement cette sensibilité qui va être la source de création de vrais moments de stress, que je ne dévoilerai pas mais qui fonctionnent du coup parfaitement bien! Qu’il s’agisse de l’exploration de la maison elle-même, des sentiers environnants ou de la nature autour de la maison, Hugo König maîtrise parfaitement sa partition et nous livre une oeuvre à l’ambition réussie! Sa façon de gérer les silences, de tendre l’oreille pour percer les secrets des bruits nocturnes, cette manière de gérer la tension alors que l’on sent que quelque chose risque de surgir… Hugo König fait preuve d’une grande sensibilité dans son rapport à la nature environnante, et il sait pertinemment comment travailler sur les éléments sonores pour doser le suspense de manière ultra-efficace. Et ses propositions spectrales visuelles s’avèrent elles aussi envoûtantes! J’espérais voir un film au moins réussi, j’en ressors impacté émotionnellement par le voyage de Nadia, qui a du puiser dans ses forces les plus pures pour tenter de survivre à cette tombée de la nuit. Et jusqu’au dernier plan, Hugo König nous prouve que le cinéma de genre français peut définitivement compter sur lui!!!

Et Mélissa Brun est également un talent à suivre de près, elle qui en est seulement à son 2ème long métrage, mais qui impose pourtant déjà une présence magnétique et complexe! Nightfall bénéficie d’un très bel alignement planétaire, entre un réal chevronné et déterminé, 2 scénaristes qui prennent le temps de créer un récit fort, et une actrice principale qui endosse ce rôle difficile avec toute son aisance physique et psychologique pour lui apporter le maximum!






