
Présenté comme un successeur de The Raid et The Raid 2 dans son esthétique et sa violence décomplexée, The Furious est un film hongkongais réalisé par un metteur en scène japonais, avec des acteurs chinois, indonésiens, thaïlandais, japonais et américains. Un mélange des genres qui détonne et qui est la 8ème mise en scène de Kenji Tanigaki, habitué des productions d’action puisqu’il a une longue carrière de cascadeur et de coordinateur de combats sur des productions comme Blade II, S.P.L., Flashpoint, Snake Eyes ou City of Darkness. Autant dire qu’il est à l’aise avec les chorégraphies martiales, et il s’est entouré de combattants chevronnés pour The Furious.

Je ne connaissais pas du tout l’acteur chinois Miao Xie, qui reprenait le rôle du grand artiste martial dans Ip Man: l’Eveil du Maître, et qui s’avère très percutant dans le rôle de Wang Wei, ce père de famille muet qui voit sa fille enlevée par des criminels. Spécialiste du wushu, il apporte une vraie crédibilité et une vraie rage à son personnage, et son entrée en matière s’avère très efficace. On peut comprendre la comparaison avec les oeuvres mythiques de Gareth Evans, même si elles sont quasi indétrônables et restent au sommet du cinéma d’action. L’une des particularités qui empêche The Furious de venir rivaliser avec le diptyque d’Evans, c’est qu’on a ici une volonté plus appuyée de créer des chorégraphies à la complexité assumée, mais qui perdent en réalisme pur. On est souvent plus proche de séquences presque « dansées » tant chacun doit se placer très précisément afin de permettre à son « adversaire » de se servir de son corps pour se propulser, et le résultat est certes très beau mais moins impactant que ce que l’on aurait pu attendre. On a aussi très souvent cette impression que les ennemis attendent leur tour avant d’attaquer, un classique dans les films d’arts martiaux.

Il y a une vraie recherche dans les mouvements et l’évolution des personnages dans la façon dont il traverse les lieux, et on ressent à plusieurs reprises quelques relents de The Raid, avec parfois quelques séquences plus impactantes et sanglantes. On a par exemple un moment bien jouissif dans lequel Wang Wei semble avoir piqué quelques idées à la fameuse Hammer Girl de The Raid 2, et ça fait du bien au niveau impact viscéral! A ses côtés, on a un Joe Taslim toujours impeccable qui va lui venir en aide dans sa quête de retrouver sa fille, lui qui cherche à sauver de nombreux gamins des griffes de cette mafia. Taslim était excellent dans The Raid aux côtés d’Iko Uwais, et il n’a pas perdu de sa maîtrise martiale, permettant lui aussi de donner quelques éclairs de violence sèche qui font du bien!

L’incontournable Yayan Ruhian, qui a la particularité d’avoir joué dans les 2 chefs-d’oeuvre de la saga The Raid dans 2 rôles différents, est également de la partie dans un rôle qui prend le temps de se mettre en place, mais qui rappelle fortement son Mad Dog ^^ Les retrouvailles avec Joe Taslim sont un moment méta plutôt cool, et les voir s’affronter à nouveau est agréable à regarder! C’est juste un peu dommage que le combat de fin mêle trop de personnages, à un moment on ne sait plus trop qui se bat contre qui, mais là encore, c’est une résultante de cette volonté de sur-chorégraphier, même si on appréciera l’aspect bondissant de l’ensemble. Mais The Furious ne possède pas le même impact que la saga The Raid, dans laquelle chaque coup porté était d’une puissance dingue et semblait fracasser le spectateur lui-même! La maturité et la profondeur de cette saga reste très difficile à atteindre, et The Furious pourrait se voir comme un petit frère turbulent et un peu trop gesticulateur, moins précis mais pourtant généreux.

Un grand regret vient du fait que le rôle de JeeJa Yanin, la star de Chocolate, est vraiment très réduit, ce qui est dommage au vu des capacités martiales de l’artiste. Mais le très massif Brian Le apporte quelques éléments de surprise par son style brutal, et Joey Iwanaga surprend lui aussi avec son air de fils de bonne famille qui cache un redoutable guerrier! On sent que Kenji Tanigaki prend un vrai plaisir à mettre son film en place, et qu’il apporte un soin particulier à sa gestion de l’espace, ce qui permet de mettre sur pied des séquences visuellement réussies, même si le côté impactant est plus variable tout au long du film. L’hommage à Big Boss avec Bruce Lee est bien amené, et l’ensemble se regarde agréablement avec une tension qui se maintient bien. On a peut-être juste une baisse de régime vers la moitié du film, mais ça reprend généreusement ensuite.

The Furious n’est certes pas la méga-claque annoncée, mais c’est une proposition qui reste intéressante dans le film d’arts martiaux, grâce à une mise en scène inventive et fluide, qui laisse le temps aux combattants de montrer ce dont ils sont capable, et qui propose un montage bien plus efficace que nombre de films du même genre. Le découpage respecte vraiment les acteurs et on assiste à un spectacle efficace, qui se pare en plus d’une thématique très dure, celle du trafic d’enfants. On ne va évidemment pas aller trop loin dans le sordide, mais Kenji Tanigaki place quelques moments un peu choquants histoire de donner plus d’impact à son récit, et la jeune actrice Enyou Yang est elle aussi très crédible dans le rôle de cette gamine kidnappée qui n’a pas froid aux yeux.











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