On se rappelle de Johannes Roberts pour les sympathiques Storage 24, 47 Meters Down et 47 Meters Down : Uncaged, mais son nom est également associé au catastrophique Resident Evil : Bienvenue à Raccoon City, même si je pense honnêtement que le massacre revient intégralement aux producteurs et aux scénaristes… Je restais toutefois méfiant quand j’ai vu son nom au générique de ce Primate, et j’ai du coup été agréablement surpris par cette série B qui ne cherche pas à renouveller le genre, mais qui parvient à imposer quelques séquences bien crues et percutantes.
On passera sur les personnages très peu développés que sont les teenagers habituels de ce genre de productions, mais on sent toutefois une certaine motivation chez les acteurs. On a toute une bande de nouveaux noms comme Johnny Sequoyah (qui est une femme ^^) vue dans Dexter : New Blood, Jess Alexander (The Beauty), Gia Hunter, Benjamin Cheng… Mais la pièce centrale est bien évidemment le personnage de Ben, le chimpanzé tueur, qui est incarné par Miguel Torres Umba, qui enfilait un costume animatronique! On se retrouve face à un tueur bien sadique et flippant, et Johannes Roberts apporte de belles touches à son jeu de massacre. La partie avec le père sourd-muet qui ne capte rien alors que sa fille se fait poursuivre dans la maison est vraiment bien foutue!
On se retrouve dans une sorte de home invasion prenant place dans une superbe demeure isolée, et le jeu de massacre d’adolescents par un singe survolté s’avère réjouissant et salement gore, car la caméra ne cherche pas à s’éloigner lors des mises à mort, bien au contraire! Le superviseur des effets spéciaux, qui a utilisé pas moins de 200 litres de faux sang sur ce tournage, a confirmé qu’il était bien plus généreux que d’autres oeuvres en terme d’hémoglobine! On a droit à quelques clins d’oeil subtils à La Nuit des Masques ou Alien – le 8ème Passager, et une petite musique aux accents carpenteriens se fait entendre vers la fin, ce qui n’est pas déplaisant non plus! Primate est une série B qui aurait mérité de moins stagner dans sa piscine, mais qui offre de très bons moments par ailleurs.
Avec son affiche lumineuse et colorée, ce film de la réalisatrice Akiko Oku possède tous les atouts du feel good movie un brin excentrique et joliment positif. On entre dans le monde de Toru, un étudiant introverti qui va croiser le chemin d’une jeune femme au caractère original, Hana. Toru va rapidement tomber sous le charme de cette fille avec qui il partage une vision non conventionnelle de la vie. On se retrouve pris dans une romance naissante qui prend le temps de se développer, avec un mélange de calme nippon et le dynamisme de la jeunesse. L’approche d’Akiko Oku est empreinte d’une belle fraîcheur et d’une liberté de ton qui permet au spectateur de délicieusement s’immerger dans cette évocation amoureuse.
Riku Agiwara et Yumi Kawai (vue dans N’Oublie pas les Fleurs de Genki Kawamura, cinéaste dont je vous parlais récemment pour son excellent Exit 8) offrent une très belle alchimie à ces 2 individus atypiques qui découvrent que leurs spécificités les rapprochent avec délicatesse. Akiko Oku va les suivre au gré des journées qui passent, en capturant l’évolution de leurs sentiments et de la nature environnante. Elle accorde une grande importance à la délicatesse et aux sonorités des éléments, soulignant la beauté enveloppante de la pluie, le charme délicat des flocons ou la tendresse du soleil venant réchauffer les visages. Son approche sensitive va apporter une profondeur bienvenue à cette histoire légère et joyeuse, qui nous offre des instants soudainement absurdes ou plus émotifs.
Il y a des films qui sont exactement ce que l’on espérait, d’autres qui sont aux antipodes de ce qu’on attendait. Et il y a des oeuvres qui correspondent à ce que l’on souhaitait mais qui parviennent toutefois à nous surprendre en apportant des modifications étonnantes. Sous le Ciel de Kyoto fait partie de ces oeuvres inclassables, en se permettant des ruptures de tonalités qui vont déstabiliser le spectateur, mais qui s’avèrent également réussies. Il y a à la fois une aisance narrative impressionnante et une liberté d’expression totale, qui font que l’on se retrouve parfois désarçonné tout en appréciant cet inconfort soudain. Et si les 2 acteurs principaux sont très justes et prenants, impossible de ne pas mentionner Aoi Itô qui fait clairement basculer le film, dans ce qui est sans doute l’une des séquences les plus poignantes que j’ai pu voir dans une romance. La justesse avec laquelle elle juxtapose l’insouciance de son personnage et une gravité soudaine est incroyable, et on se retrouve sans voix comme l’est le personnage principal. Cette séquence est véritablement sublime, et opère une bascule dans la narration qui va amener les personnages à exprimer davantage leurs sentiments.
Sous le Ciel de Kyoto est à la fois une romance enjouée, mais aussi une comédie absurde teintée de moments véritablement touchants. Akiko Oku sait exactement comment développer les différentes gammes d’émotions des personnages, elle prend le temps de laisser chacun révéler ce qu’il a dans le coeur, et ce rythme qui peut paraître lent d’un point de vue occidental est ce qui fait la richesse et la profondeur des dialogues déclamés. Les 3 acteurs principaux expriment avec beaucoup de sensibilité et de sincérité ce que traversent leurs personnages, et même si on est déstabilisé par les ruptures narratives et émotionnelles, on ne peut pas les lâcher jusqu’à la fin du film. Akiko Oku se permet des approches visuelles qui viennent également déstabiliser, comme avec ce monologue en plan-séquence sur lequel elle zoome sans prévenir pour être au plus près de l’émotion du personnage.
On se retrouve face à un film mélangeant de nombreuses saveurs et qui va offrir différentes orientations, mais le résultat s’avère captivant malgré le fait (ou grâce au fait?) que le spectateur est bousculé dans ses habitudes. L’expérience est riche et très touchante, et reste durablement dans les esprits.
L’attente touche à sa fin, puisque la diffusion de Spider-Noir, si elle n’a pas encore de date précise, est calée pour le printemps 2026. La série sera logiquement chapeautée par Sony, mais aussi par Amazon, pour une diffusion prévue sur Prime Video. Ce qui nous intéresse aujourd’hui, c’est l’apparition de 7 clichés dûs à Esquire dévoilant l’atmosphère très particulière de ce nouvel univers, qui prend place dans des années 30 alternatives le temps de 8 épisodes.
La particularité de ce show est qu’il sera diffusé à la fois dans sa version en noir et blanc, mais également en couleurs. Si l’on respecte le comics, on penchera bien évidemment pour le sublime noir et blanc proposé, mais il faut avouer que la version couleur a également un certain panache! Je vous mets les 2 versions des photos histoire que vous vous fassiez votre propre avis!
Je vais spoiler un peu au niveau des personnages, car sur l’excellent site Les Toiles Héroïques, il y est fait mention des différents personnages incarnés par les acteurs, donc pour ceux qui veulent garder la surprise, attention! 😉
On sait évidemment que Nicolas Cage incarnera le Spider-Noir, dont l’alias civil sera Ben Reilly. On avait appris que Brendan Gleeson jouerait Silvermane, et Lamorne Morris sera Robbie Robertson. Ce que j’ai découvert, c’est que la Chatte Noire sera de la partie sous les traits de Li Jun Li, et que Jack Huston campera Flint Marko, alias l’Homme-Sable! Un beau casting et un joli bestiaire, pour ce qui pourrait être une belle surprise dans l’univers super-héroïque de Sony (enfin!!).
J’avais jusqu’à présent vu 4 ou 5 films de Takashi Miike, que j’avais tous détesté… J’avais aussi vu son épisode des Masters of Horror qui était typique de sa propension au torture porn… Mais ce Sham semblait tendre vers un Miike un peu plus assagi, avec un récit nettement plus classique et clairement moins barré. Finalement, ça valait effectivement le coup de tenter ^^
Seiichi Yabushita est un enseignant d’école primaire sans histoire, qui va voir sa vie basculer suite à des accusations de maltraitances physiques et morales sur un élève. Cette thématique sociale va être traitée avec une acuité particulière par Miike, qui va s’amuser à brouiller les pistes en nous donnant différents points de vue sur les événements. Le film commence par la version de Ritsuko Himuro, la mère du garçon violenté souffrant depuis d’un syndrome de stress post-traumatique, puis bascule sur la version de M. Yabushita. 2 visions diamétralement opposées qu’il va falloir confronter lors d’un procès, afin de rétablir enfin la vérité.
Le choix de cette structure n’est pas nouvelle (on se rappelle du récent Le Dernier Duel de Ridley Scott) mais s’avère immersive, car Miike l’utilise afin de décrypter les rouages de la manipulation à la fois individuelle et collective, via notamment les médias qui s’emparent de l’affaire dans un but sensationnaliste. Un principe très ancré dans la culture japonaise est celui de ne pas attirer l’attention sur soi, et les révélations sur le comportement de M. Yabushita vont pulvériser sa tranquillité d’esprit et son rapport aux autres. Sommé de présenter des excuses pour des faits qu’il dit n’avoir pas commis, il va pourtant avouer à demi-mot la véracité de certains actes. Dans ces circonstances, quelle est la part de vérité, et y a-t-il des manipulations pour cacher cette vérité?
On pourra regretter des moments qui semblent manichéens, notamment lorsque le professeur n’est pas du tout protégé par sa hiérarchie et est désigné d’office comme coupable. Mais là encore, cela vient probablement du fait de la culture « pas de vague » du pays, qui après réflexion, existe aussi en Occident… Disons que les 2 membres de l’école opposés à Yabushita sont un peu trop démonstratifs et que cela fait un peu surjoué et absurde, mais le reste du film va moins sur ce terrain-là. Gô Ayano joue ce personnage de manière efficace, tant dans la version où il semble coupable que dans celle où il paraît innocent. Il se plaît à jouer le sadisme dans la première version, et celle de l’homme totalement dépassé par les événements dans la seconde. On aurait préféré qu’il soit plus incisif dans la seconde version, où il incarne cet homme effacé souffrant d’accusations terribles, mais le poids de la culture nippone pèse lourdement sur ses épaules, avec cette volonté prépondérante de toujours vouloir arranger les choses.
Kô Shibasaki incarne la mère du jeune Takuto, et le grand écart avec lequel elle gère les 2 versions de l’histoire est impressionnant. De femme effacée emplie de gentillesse et de douceur, elle passe à un silence glacial et un regard d’une froideur incomparable, à tel point que l’on a l’impresion de voir une version adulte de la sympathique Sadako du film Ring! Miike est servi par de très bons acteurs pour brouiller les pistes, et ce concept s’avère plutôt plaisant dans le genre du film de procès. On va assister à toutes les étapes de la déchéance de Yabushita, qui va voir l’opinion publique s’opposer frontalement à lui, par le biais d’un journaliste qui se plaît à alimenter les rumeurs. Yabushita se retrouve presque totalement isolé, n’ayant que sa famille pour le soutenir.
J’ai été très agréablement surpris par cette oeuvre de Takashi Miike, qui est bien loin de ses délires psychotiques habituels, et qui fait preuve d’un « classicisme » personnalisé. Les décadrages qu’il applique permettent de générer une sorte de douce confusion, histoire de nous faire glisser peu à peu dans ce récit étouffant. Cette sensation est toutefois contrebalancée par une très belle photographie signée Hideo Yamamoto, qui avait auparavant collaboré avec Miike à plusieurs reprises. On se retrouve donc pris dans un film au récit oppressant mais bénéficiant d’une certaine douceur dans sa beauté picturale, ce qui crée un décalage intéressant. Dans le genre, on lui préférera toutefois le sublime Black Box Diaries de Shiori Itō, qui est un documentaire encore plus poignant.
En tant qu’adepte de l’oeuvre littéraire de Maxime Chattam, je ne pouvais pas faire l’impasse sur cette adaptation de son excellent roman Le Signal publié en 2018. C’est François Uzan (Lupin) qui assure la gestion du show et son écriture, le temps de 6 épisodes de 45-50 minutes. Au niveau de la réalisation, la première période est assurée par Slimane-Baptiste Behroun (réal de la série Surface, adaptée de l’excellent roman d’Olivier Norek), et la seconde par Karim Ouaret.
Le début est très prometteur avec cette famille arrivant sur l’île de Kernolé pour changer de vie, et la découverte de la nature environnante et de la population locale. Alors oui, la délocalisation du récit des Etats-Unis à la France amène une certaine déperdition, parce que la ville de Mahingan Falls possédait vraiment quelque chose de magique, et que l’atmosphère à la Stephen King s’avérait captivante. Mais cette version bretonne n’est pas sans une certaine saveur, surtout le temps des 3 premiers épisodes qui apportent une mise en scène très immersive. En prenant le temps d’osciller entre les teenagers et les adultes, Le Signal 149 kHz se rapproche par moments de l’aura du bouquin, et se permet quelques trouvailles visuelles renvoyant à tout un imaginaire fantastique adolescent. La séquence dans les champs est à ce titre excellente, avec un côté que ne renierait pas le Shyamalan de Signes ^^
Clotilde Hesme et Grégory Montel forment le couple Olivia et Paul, et lui apporte des nuances intéressantes psychologiquement parlant. Sarah Pachoud joue leur fille Camille, une adepte des technologies scientifiques, qui va se rendre compte d’un problème important au niveau des ondes électro-magnétiques sur cette île. Sarah Pachoud s’avère très convaincante dans son rôle, et la relation qu’elle va entretenir avec d’autres jeunes du coin va permettre de retrouver un peu de l’essence du roman.
Mais si les 3 premiers épisodes s’avèrent très convaincants, les 3 suivants adoptent un schéma plus convenu, et s’aventurent moins dans les méandres de l’île, ce qui est très dommage. Le principe du roman était d’avoir une carte au début du livre, à laquelle on se référait constamment au fil de la lecture, afin de savoir où se situait chaque endroit traversé. On appréciait vraiment la balade au gré des kilomètres parcourus par les gamins, et cet aspect-là est vite perdu dans la série, qui va surtout se concentrer sur la résolution de l’intrigue en oubliant peu à peu l’atmosphère travaillée dans les 3 premiers épisodes. Le Signal 149 kHz reste une série de facture correcte, mais qui promettait tellement mieux que l’on est en droit d’être déçu au final…